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L' Oeuvre du Mois

Posté le 05 Avril 2018 par L'équipe Lascaux

A.R Penck – Battlefield – 1989 – Acrylique sur toile

Centre International de l'Art Pariétal Montignac-Lascaux

penck

A.R PenckBattlefield – 1989 – Acrylique sur toile

 

Ce chef-d’oeuvre n’a été exposé que deux fois et pour la première fois en France lors de cette exposition. A.R Penck est un artiste allemand qui est décédé l’été dernier à l’âge de 80 ans.
Ralf Winckler, plus connu sous le nom d’A.R. Penck, est l’un des plus grands peintres allemands de la fin du XXe siècle avec Georg Baselitz, Markus Lüpertz, Sigmar Polke ou encore Jörg Immendorff.


A.R. Penck est né en Allemagne de l’Est, à Dresde. En 1980, il s’installe à l’Ouest, près de Cologne. Son travail est marqué par la critique de la partition de son pays.
A.R. Penck invente un langage pictural coloré exprimant le rythme dans un aller-retour constant entre primitivisme* et art brut**, entre peinture et graffiti dont il est l’un des pères avec Keith Haring et Jean-Michel Basquiat. Son langage se veut celui de cette humanité qu’il essaye de dépeindre, en utilisant des éléments calligraphiques, à travers de grands thèmes comme ceux de l’altérité humaine, de la relation au monde animal ou cosmique, ou encore d’un dialogue entre la catastrophe et la jubilation de la danse. Toute l’histoire humaine tend ainsi à cette création d’espaces rythmés dans lesquels vivre devient possible.


Comment expliquer cette extraordinaire fascination pour l’art paléolithique parmi les artistes de notre époque ?


- Raisons proprement artistiques : techniques, émotion, dépassement des traditions, esthétique, retour aux sources, art accompli qui ne découlent d’aucune tradition, liberté mystérieuse, etc.
- Depuis la fin du XIXème siècle, une révolution picturale est engagée. Chaque artiste est en rupture avec le monde qui l’entoure et veut inventer un regard neuf sur celui-ci.
- Raisons politiques :Jamais sans doute l’humanité n’aura été aussi dramatiquement divisée qu’au XXème siècle. Le colonialisme et ses massacres, le racisme, le nazisme, le stalinisme, les guerres mondiales, les génocides, la division de la planète en systèmes, en sphères de domination, de bombardements, de famines et de gâchis : il y avait là de quoi susciter des révoltes et des résistances. Les peintres furent pour la plupart de ceux-là qui s’engagèrent socialement et artistiquement.


Ce fut par exemple, et consciemment le cas d’A.R Penck, fuyant l’Allemagne de l’Est aux contraintes insupportables pour se rendre en Occident. Là, le capitalisme lui apparaît difficilement respirable. C’est pourquoi, à partir de cette expérience douloureuse, il concevra sa peinture comme un passage (titre d’une de ses oeuvres les plus célèbres) et, pour empêcher que cette division du monde se prolonge en division dans son esprit et son oeuvre, se tournera vers des formes visuelles inspirées par les temps préhistoriques où ce genre de contradictions n’existaient pas.


Dans cette oeuvre, peinte dans un contexte de guerre froide, il fait le lien entre les artistes de Lascaux et le Street Art qui, au départ, est un art contestataire. Il mêle la forme d’art la plus récente (le Street Art) et la forme d’art la plus ancienne (l’art préhistorique). Il montre qu’il n’y a pas de barrière, l’art fait ce lien entre les âges et les cultures. Il reprend les thématiques de la grotte comme le taureau qui est bien présent mais il tient des armes.
Il utilise également les symboles et les thèmes de la grotte tels que les points, rectangles, l’homme du puits. Il mêle son histoire personnelle à l’art pariétal. Il mêle les animaux de Lascaux à des situations symboliques qu’il a vécues.
Il reprend également des moments de sa vie comme sa chute dans l’escalier, le bureau qui peut évoquer un interrogatoire. Etant un sévère opposant politique, il a passé beaucoup de temps en garde à vue. Cette oeuvre est le reflet du chaos qui règne dans le monde à cette époque.
Les gestes sont rapides (comme dans l’art pariétal) mais créent un ensemble esthétique et harmonieux.


En 1968, Ralf Winkler s’attribue le nom A.R Penck, pseudonyme inspiré par le géologue Albrecht Penck, spécialiste allemand du Paléolithique supérieur. Il se reconnaît dans le personnage révolté de Rembrandt qui, comme lui, était un outsider. A.R Penck prend des risques en oeuvrant selon ses idéaux marxistes en RDA. Ses oeuvres sont censurées et il sera déchu de sa nationalité. Son travail rappelle celui des grands modernes : Picasso, Kirchner, Klee, Giacometti, mais il conserve un aspect plus sauvage, plus brut, se rapprochant du graffiti. Son univers se nourrit de personnages colorés, de symboles, assemblés de manière sauvage.
Il compose son langage pour « représenter des êtres en action ». Il surnomme ce style pictural : Standard.


Dès sa sortie de l’Allemagne de l’Ouest en 1980, le rejet laisse place au succès, il remporte le prix Rembrandt à Bâle en 1981, en 1985 le prix des arts d’Aix-la-Chapelle. Il fera l’objet d’une grande rétrospective au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris et à la Fondation Maeght (Exposition Rites de passage du 18 mars au 18 juin 2018).

 

*Dans les années 1900, en opposition à l'académisme et à la morale de la société occidentale, des artistes se tournent vers les arts dits alors « primitifs ». Ces artistes cherchent d’autres sources d'inspiration. Ils se tournent alors vers des régions et des pays lointains (Gauguin en Bretagne et en Polynésie), vers la nature (expressionnistes allemands) et vont s’intéresser à l'art extra-européen (Picasso).
Ils intègrent dans leur art des formes jusque-là ignorées par la culture artistique occidentale : dessin d'enfants, art populaire, art africain ou océanien. En s'inspirant de ces oeuvres, ils veulent se libérer de ce qu'ils ont appris dans les écoles des Beaux-Arts et refusent d'imiter le passé.

**L’art brut est un art spontané, échappant à toute norme culturelle. Ce terme a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet qui désigne les productions de personnes exemptes de culture artistique.
Il constitue dès 1945 une collection d’objets créés par des pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, des détenus, des originaux, des solitaires ou des réprouvés. Il perçoit dans cette création marginale une « opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions ». La notion d’Art Brut repose ainsi sur des caractéristiques sociales et des particularités esthétiques.

 

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Retrouvez l'exposition "Pariétal" jusqu'au 5 novembre 2018 sur le site de Lascaux Centre international !

Et en vidéo, avec une présentation générale du commissaire Olivier Kaeppelin ICI 

 

Commissariat :
Olivier Kaeppelin, directeur de la fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul de vence
Organisation :
Sémitour Périgord, avec le soutien du Conseil départemental de la Dordogne
Remerciements aux prêteurs :
Monsieur Adrien Maeght, Président de la fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul de Vence
Monsieur Olivier Kaeppelin, Directeur de la fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul de Vence
Monsieur Daniel Dezeuze, Sète
Galerie Eric Dupont, Paris
Galerie Michael Werner, Märkisch Wilmersdorf, Cologne and New-York

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